Dans les années 1850, le Sud prit conscience de sa subordination économique envers le Nord et opta pour une attitude mi-défensive, mi-offensive. Dans une nation pour laquelle croissance était synonyme de progrès, le recensement de 1850 inquiéta de nombreux Sudistes. Au cours de la décennie précédente, la croissance démographique avait été de 20% plus élevée dans les États libres que dans les États esclavagistes. Le manque de débouchés économiques semblait apporter une explication à cette réalité menaçante. Trois fois plus d'individus du Sud, étaient allés s'installer dans le Nord que le contraire. Sept huitièmes des immigrants élisaient domicile dans le Nord. Dans cette course, les indices cruciaux du développement économique laissaient le Nord largement gagnant devant son frère du Sud. En 1850, seuls 14% des canaux passaient par les États esclavagistes. En 1840, le Sud possédait 44% des kilométrages ferroviaires de l'union mais en 1850, le rythme de construction plus rapide du Nord fit tomber ce pourcentage à 26%. Les données concernant la production industrielle étaient d'autant plus alarmantes.
Avec 42% de la population, les États esclavagistes ne détenaient que 20% de la capacité de fabrication, sachant que cette proportion est en baisse entre 1840 et 1850. Et cela était d'autant plus inquiétant, que près de la moitié de ce capital industriel se regroupait dans les 4 États frontaliers (Missouri, Kentucky, Maryland et Delaware).
Un plant de cotonLe seul secteur florissant de l'économie sudiste était une agriculture basique. En 1850, le prix du coton était remonté pour atteindre presque le double des cours de 1840. Malheureusement, cette brillante médaille avait un revers des plus noirs. Les États producteurs de coton ne conservaient même pas 5% de leur production sur leurs territoires, pour la fabrication de leurs textiles. Ils exportaient 70% à l'étranger et le reste se retrouvait dans les fabriques du Nord, ou la valeur ajoutée des diverses opérations industrielles était presque égale à ce que le coton rapportait au sud. Le sud devait donc ensuite importer les deux tiers de ces vêtements et autres produits manufacturés venant du Nord ou de l'étranger. Cependant, même ces chiffres ne permettent pas de comprendre la réelle mesure de l'hémorragie économique qui touche le Sud. De plus, 15 à 20% du prix du coton brut allaient à des « agents » qui organisaient pour les planteurs le crédit, l'assurance, le transport et le stockage du coton. Or, la plupart de ces agents étaient des représentants de firmes nordistes ou britanniques. Les frais qui accompagnaient le prix des marchandises importées étaient d'autant plus importants que généralement ces produits venus d'Europe était déchargés dans les ports du Nord pour ensuite être acheminés vers le Sud par cabotage ou par voie de terre. Un éminent habitant de l'Alabama déclara en 1847 : « notre commerce tout entier, à l'exception d'une petite fraction, est aux mains des hommes du Nord ». Cette autocritique devint une litanie dans le Sud, comme le montre la ville de Mobile où les sept huitièmes des valeurs bancaires appartiennent à des gens du Nord.
Les dirigeants du Sud, devant cette infériorité se lancèrent dans une industrialisation à marche forcée : "Donnez-nous des usines, des machines, des ateliers et nous serons avant longtemps en mesure de faire valoir nos droits." Le textile semblait une route toute tracée pour l'industrialisation du Sud. Juste après l'industrie, le principal instrument de salut du Sud devait être le chemin de fer. Un politicien déclara même : "il y a eu deux grandes époques dispensatrices de civilisation, la grecque et la chrétienne; voici à présent celle du chemin de fer".
Égrénage du coton en 1869Le Sud fit, en effet, des progrès importants dans les années 1850. Les États esclavagistes multiplièrent leurs kilométrages ferroviaires par quatre, dépassant même le Nord qui se contenta de tripler le sien. Les capitaux augmentèrent de 77% excédant la croissance démographique, si bien que le taux d'investissements par habitant augmenta de 39%. Cependant, comme Alice au pays des merveilles, le Sud courrait vite mais pas suffisamment pour le géant du Nord. Même si la part des États esclavagistes dans le réseau ferroviaire national, était passée à 37%, elle représentait toujours moins qu'en 1840. En 1860, le Nord restait tout de même deux fois mieux équipé au niveau du nombre de kilomètres de voies ferrées. Même si l'investissement industriel par habitant n'augmenta pas plus vite dans le Nord que dans le Sud, la population des États libres s'accrut plus vite, 40% au Nord contre seulement 27% dans le Sud. L'effort tenté par les dirigeants du Sud, dans l'industrie textile échoua. En 1850, la valeur du tissu de coton produit dans le Sud ne représentait que 10% du total américain. Les banques, les firmes commerciales, les agents, les courtiers, les compagnies de transports nordistes continuaient à monopoliser le déplacement des marchandises dans le Sud. Les défenseurs du développement industriel s'avouaient frustrés. L'industrie du Sud avait succombé « à la langueur, à la maladie, à la mort ». Les contemporains et les historiens ont avancé plusieurs explications à cet échec : « l'asservissement de l'homme ne permet pas le développement d'une industrie compétitive, qui ne peut s'épanouir que dans le terreau fertile qu'est le travailleur libre ! »